Les amis de la ferme Hovington

Sur la route des baleines, dans le Manicouagan, beaucoup de relief et peu de terres agricoles. Seulement là, aux portes du fjord du Saguenay, juste entre deux forêt qui bordent la plage et la montagne, se trouve la plus que centenaire ferme Hovington.

Hovington, c’est un nom qu’on retrouve beaucoup dans les cimetières locaux, sur des monuments mémoriaux, des gîtes… Nom d’une des familles britanniques fondatrices de la région et a priori du créateur de la ferme.

Située sur le plateau qui surplombe le village, et divisée en 6 parcelles, 6 projets, la ferme Hovington est désormais un projet collectif de conservation du patrimoine agricole, en quelque sorte, chapeauté par la MRC* la Haute-Côte-Nord, le MAPAQ** et la municipalité de Tadoussac.

Un verger de pommiers et un de camerises, quelques serres, les jardins communautaires… Et puis juste à la sortie du village, il y a « les amis de la ferme ».

« C’est comme un rêve qui se réalise pour nous autres », m’a dit Simon, le maçon-cowboy-hôte à la ferme. Ce rêve a nécessité pas mal de passion et beaucoup de patience (il a fallu presque dix ans pour que la gestion administrative se clarifie et lancer enfin réellement le projet) pour les sept tadoussaciens engagés dans « les amis de la ferme » qui ont su, en deux/trois ans, redonner vie à ce petit bout de terre pas encore rentable mais avec beaucoup de potentiel.

Ici, les chevaux, poneys et chèvres se côtoient, guettant chaque jour une occasion de sortir manger (enfin) de l’herbe, tandis que les cailles et les poules mènent leur petite vie, pondant à tout va.

Hors de l’enclos, Bobby, petit étalon qui attend de repartir chez son propriétaire après avoir, successivement et pas, tenté de féconder juments et ponette. En se dirigeant vers la maison, on passe devant la petite serre qui abrite les semis d’avril à juin puis les tomates. Côté fleuve,  c’est un demi hectare de cultures sur buttes permanentes paillées. Les deux tiers sont occupés par les fraisiers et framboisiers, qui font coupe-vent aux buttes de légumes annuels et d’asperges. Et dans tout ça, beaucoup de prêle et de chiendent, qui se donnent à cœur joie de coloniser l’ensemble de la surface cultivée. Une chance, la ferme des amis est une rareté à Tadoussac, si touristique ; les wwoofers se pressent aux portes du lieu (Camille, Maud, Félix, Phil, Romain, Aurore, Quentin, Sandrine, Gabrielle, Coralie, Matthieu et Matthieu, Joëlle, Daisy, Enzo, Anna et d’autres, ont fait partie de l’aventure sur la seule période de fin mai à fin juin 2017) pour venir désherber, pailler, semer, planter, arroser, en échange de quelques repas et nuitées dans cet espace plutôt spectaculaire. « Le wwoofing, c’est quelque chose qu’on veut développer, poursuivre. On trouve que c’est une super façon de voyager », m’explique Karine. C’est aussi en accord avec le but premier des amis de la ferme ; redonner à la population l’accès à cette terre, qui a été quelques temps un espace d’auto-cueillette de fraises, « la seule de la région », peut-on lire sur une des vieilles affiches restées dans la maison. Celle-ci sera d’ailleurs, d’ici quelques mois, la maison officielle des wwoofers.

web_DSC1286Fin mai

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Fin juin

A mon arrivée le 24 mai, le printemps venait juste d’arriver. Les adventices commençaient à s’installer sérieusement. On tente la bâche noire pour couvrir certaines buttes et des allées inondées de chiendent. Puis, avec Phil, on s’est attaqués aux buttes cultivées à mains nues, fouillant pour tenter d’extraire toutes les racines ; le chiendent ne se reproduit pas autant en grainant qu’en étendant son réseau racinaire partout où il peut à 10-15 cm sous terre. En gros, c’est en partie l’herbe qui pousse tout autour des planches, difficile donc de s’en débarrasser définitivement.

Sur les photos des premiers travaux de l’année, tout sur le sol paraît brûlé par la neige qui fond lentement après 5 mois de présence. Mais une fois le soleil de mai arrivé, la végétation reprend vie à une vitesse qui m’a presque échappé. Elle est habituée, elle, à céder au froid pendant six mois, à repartir de plus belle au printemps bien avancé et se donner au maximum pour le peu de temps qu’elle a. En l’espace de deux semaines, tout a gagné plusieurs dizaines de centimètres, la prêle a envahi les allées pourtant gavées de BRF, et les fraisiers ont fait leurs premières fleurs.

Mais dans toute cette effervescence, au Québec comme en Europe, arrivent aussi les limaces. Nombreuses et affamées. Le paillage, en empêchant un peu d’enherbement, maintient une humidité sur le sol, ce qui leur convient plutôt super bien. Alors quand arrive le moment de semer carottes, salades et roquette et de planter fleurs et courges, le temps est aussi venu de déverser du phosphate de fer. Si barbares soient-elles, les petites granules qui couperont la faim aux gastéropodes et les déshydrateront n’en sont pas moins organiques, concentrées, utilisables en agriculture biologique. Ne reste que l’éthique de chacun, mais dans la mesure où les limaces n’auront pas de prédateurs naturels en nombre suffisant pour réguler leur population, il faudra user du phosphate ferrique si l’on veut espérer que le semis survive. Et même malgré cela, les carottes n’ont pas tenu longtemps face à la pression.

Quoiqu’il en soit pour elles, les petits fruits sont bien partis, la gourgane (type de fève endémique), les haricots et tomates aussi. Et chaque jour, les deux alpines, Torvis et Sacripine, donnent pas loin de 4 litres de lait, avalé par les wwoofers ou bien transformé en fromage, yaourt, ou glace par Galadrielle et Karine, chacune propriétaire d’un tiers des chèvres, le dernier tiers appartenant à Simon.

Les ventes de fruits, légumes et oeufs, direct du producteur au consommateur, ont rapporté 4000$ aux amis de la ferme en 2016. L’objectif cette année serait de passer à 5000 ou 6000$, ou au moins dépasser les sommes investies, comme un encouragement, surtout pour Karine et Simon,  les têtes d’affiche de l’histoire de la ferme. Tous les deux travaillent à côté pour vivre ; elle à la boulangerie de Tadoussac la moitié de l’année (A l’emportée coop, où l’on trouve les meilleures viennoiseries du Canada… bah du Canada.. en tout cas elles sont vraiment bonnes) et aussi comme professeur, lui comme maçon, entre autres jobs occasionnels dans le village.

La petite ferme en est à ses débuts, mais les projets abondent. Bientôt, les fruits rouges seront disponibles en auto-cueillette, comme du temps de la fraisière Delporte (« la seule de la région »), une façon d’amener la population locale à reprendre un peu possession des lieux, à vivre quelques instants la vie de la ferme. D’autres projets consistent à se spécialiser dans trois ou quatre cultures légumières, et aussi tester la culture des champignons. Quant aux poules, il est question de passer en mode « poulailler soutenu par la communauté », sur le modèle du système ASC, agriculture soutenue par la communauté, l’équivalent de nos AMAP ; les intéressés s’engagent auprès du producteur en payant à l’avance pour un nombre de produits chaque semaine. Et pour ça, il faudra construire un bâtiment isolé pour pouvoir garder les poules chaque hiver.

Il ne manque donc pas de chantiers à entreprendre pour des wwoofers qui feront tous partie de l’histoire de cette petite ferme en ébullition. Un lieu de production alimentaire locale, lieu de partage ouvert à tous, selon le souhait premier des amis de la ferme Hovington.

 

 

*  MRC : Municipalité régionale de canton

** MAPAQ : Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec

 

Quatrième expérience de wwoofing pour moi, le projet des amis de la ferme est celui qui ressemble le plus au mien, ou l’inverse, peu importe. C’est un projet qui m’inspire, et me donne l’envie d’ajouter à mon rêve chèvres et chevaux, mais aussi l’ouverture et le partage qui règnent ici, chemin de la rivière du moulin à baude à Tadoussac.

 

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Belles photos et post très intéressant, MadameCookies 😉 On s’y croirait…
    Tu as déjà l’ouverture et le partage, il ne fait nul doute que lorsque tu créeras ton univers vert, tu sauras également transmettre à tes wwoofers 🙂

    J'aime

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